• La première "Journée internationale de la fille" s'attaque au mariage forcé

    A Hyderabad, en Inde, une écolière indienne se tient près de l'étal à thé de son père, le 11 octobre 2012, à l'occasion de la première Journée internationale de la fille. Cette journée entend développer les potentialités des fillettes, et accroître la sensibilisation à l'inégalité dont elles sont victimes à travers le monde.


    Le 11 octobre est désormais une journée consacrée à la promotion de la lutte contre les discriminations et les violences subies par des millions de jeunes filles. Les Nations unies ont, en effet, décrété en décembre dernier que cette date incarnerait la Journée internationale de la fille, avec, pour thème 2012, l'épineuse question du mariage forcé.

    Il concerne chaque année près de 10 millions d'adolescentes et de fillettes, parfois dès l'âge de 8 ans, comme en témoigne le déroutant reportage de la photojournaliste américaine Stephanie Sinclair, "Too young to wed: the secret world of child brides", qui a enquêté huit ans durant en Inde, au Yémen, en Afghanistan, au Népal et en Ethiopie, hauts lieux des mariages d'enfants.

    SERVITUDE INVOLONTAIRE

    Ces unions représentent une forme d'"esclavage" des temps modernes, estime l'ONU, qui a demandé jeudi aux Etats de relever l'âge du mariage à 18 ans et de "criminaliser" le mariage forcé, en dépit de l'existence de coutumes. "Comme toutes les formes d'esclavage, les mariages précoces forcés (...) ne peuvent en aucun cas être justifiés par des motifs traditionnels, religieux, culturels ou économiques", a défendu l'organisation internationale. 

    Les Nations unies ont, à ce titre, également adressé jeudi un message particulier à l'Inde, qui enregistre 40 % des mariages d'enfants dans le monde, l'enjoignant à mettre un terme à ces "pratiques nocives" et à prendre les devants par des mesures plus fermes, rapporte The Times of India. "Le mariage d'une enfant court-circuite son éducation, limite ses possibilités, accroît son risque d'être victime de violences et met en péril sa santé. Il constitue, par conséquent, un obstacle à la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD)", souligne ainsi la lettre adressée au gouvernement de Pranab Mukherjee.

    Le rapport "Why invest in adolescent girls" (PDF), réalisé par la Fondation des Nations unies, met pour sa part en évidence le fait que les fillettes et les adolescentes sont "moins instruites, en moins bonne santé et moins libres" que leur homologues masculins. Ces dernières sont, en effet, "les plus vulnérables face à la violence", et leur sécurité doit être placée au cœur de la sécurité nationale, si nous voulons des "sociétés plus saines et plus créatives", considère sur Al-Jazira Manuela Picq, une chercheuse sur le droit des femmes.

    LES ÉCARTS D'ÂGES FAVORISENT LES ABUS DOMESTIQUES

    Autre cruel écueil lié au phénomène : plus la différence d'âge entre la mariée et l'époux est grande, plus les risques de violences et viols conjugaux augmentent (PDF). Or, les fillettes sont fréquemment unies à des hommes bien plus âgés, et si le mariage forcé affecte aussi les garçons, il expose les filles aux grossesses précoces et aux accouchements, principales causes de décès chez les 15-19 ans (PDF) dans les pays en développement.

    Ainsi, avertit The Guardian, si nous voulons vraiment mettre fin au fléau des mariages précoces, inciter les gouvernements à relever l'âge légal ne représente qu'une moitié de la solution : la seconde réside dans une meilleure éducation sexuelle des garçons.

    Eléonore Gratiet-Taicher


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