• Le charbon de bois ruine et enrichit la Somalie

     Ouest-France le lundi 31 décembre 2012

     Le charbon de bois est la dernière ressource de Hassan Hussein, jeune Somalien qui doit nourrir toute sa famille.

     Hassan Hussein coupe quarante arbres par mois pour les transformer en charbon. Il est parfaitement conscient des dommages qu'il cause à son environnement, mais c'est la dernière ressource qui reste à cet éleveur de 27 ans, privé de bétail.

    Son village de Jalelo, au nord de la Somalie, était autrefois au coeur de la savane. « J'étais un éleveur, j'ai perdu mon troupeau à cause des sécheresses et des maladies, et je suis l'aîné de la famille », avec dix bouches à nourrir, ses deux enfants, ses sept frères et soeurs et sa mère. Il y a quatre ans, Hassan Hussein avait vingt-cinq chameaux et trois cents chèvres ; il lui en reste respectivement trois et quinze.

    Des revenus pour les islamistes

    Alors, une hache artisanale à l'épaule, il part chaque matin couper du bois, le brûler pendant deux jours, le faire sécher pendant deux autres, avant de le revendre pour l'équivalent de six dollars le sac de vingt kilos. Le charbon de bois est la seule façon de faire la cuisine, l'électricité étant rare et hors de prix.

    En Somalie, des centaines de milliers de nomades, la majorité de la population, font de même chaque jour, au risque de transformer bientôt en désert des pans entiers de ce pays déjà aride de la Corne de l'Afrique. « 20 % des forêts ont disparu en dix ans. Le pays se transforme de toute évidence en désert », déplore Ahmed Derie Elmi, directeur des forêts au ministère de l'Environnement du Somaliland, l'entité du nord de la Somalie qui a proclamé son indépendance depuis 1991 et compte 3,8 millions d'habitants.

    « Si la déforestation continue à ce rythme, la Somalie sera un désert dans vingt ou trente ans », renchérit Ahmed Ibrahim Awale, directeur de l'organisation non gouvernementale Candlelight, qui fait autorité au Somaliland en matière d'environnement et de santé.

    Dans le sud du pays, le commerce de charbon de bois a permis aux miliciens islamistes al-shebab de financer leur guerre contre le gouvernement central. Du port de Kismayo, un port qui n'a jamais été soumis à un blocus naval avant sa chute fin septembre aux mains des Kenyans, près de 300 000 tonnes de charbon de bois ont pris annuellement la mer.

    Ces exportations massives à destination de l'Arabie Saoudite et des Émirats Arabes Unis leur ont rapporté au moins 25 millions de dollars chaque année. Ce qui constituait, avec le trafic de qat, l'une des principales sources de revenus des islamistes.

    Une des premières mesures du président nouvellement élu de Somalie, Hassan Cheikh Mohamoud, a bien été de confirmer l'interdiction de toute exportation de charbon de bois, décrétée par l'Onu en février. Mais le commerce, lucratif, a seulement changé de mains et l'abattage des arbres se poursuit.

    Avec Boris BACHORZ (AFP).


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